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Nid des autres canards

Juin 2000, l'Allemagne décide d'abandonner l'énergie nucléaire

Juin 2000, l'Allemagne annonce sa décision d'abandonner l'énergie nucléaire sur une période de trente ans. Commentaires et analyses par Vassili Kanardov.

La décision allemande d'abandonner toute source d'énergie d'origine nucléaire autour de 2030 se présente comme un triomphe pour les pays exportateurs d'énergie fossile. Ceux-ci sont essentiellement les puissances pétrolières islamiques et la Russie, l'Amérique tentant de préserver ses propres réserves.

Cette décision est aussi conforme aux attentes exprimées par les industries d'extraction et d'acheminement du pétrole et du gaz. Elle comble également les voeux des groupements écologistes qui se trouvent être les représentants (volontaires ou non) de ces industries.

Il est intéressant de noter que les groupes écologiques ont toujours ménagé ces industries dans leurs critiques alors qu'ils n'ont eu de cesse d'attaquer l'énergie nucléaire, qui est pourtant la seule permettant de réduire la dépendance vis-à-vis des énergies fossiles des nations qui en sont dépourvues, ces dépendances faisant le fortune des pétroliers. Il semblerait même que ces soi-disant « verts » aient un intérêt à se comporter ainsi alors que l'atome reste la moins polluante des énergies pratiquement utilisables. Ceci impliquerait que l'écologie réelle ne fasse pas partie de leurs soucis principaux.

Examinons quelle seraient les conséquences, de par le monde et en Europe, d'une telle victoire des pétroliers. La British Royal Society a commandité une étude auprès de plusieurs experts. Dans les cinquante prochaines années, la consommation d'énergie mondiale doublera par rapport à ce qu'elle est actuellement. L'OCDE prévoit une augmentation de 65% des besoin énergétiques au cours des vingt prochaines années. Le tableau suivant montre la répartition des sources énergétique en matière de production électrique.

Sources pour la production électrique

Pétrole

30.0%

Charbon

24.0%

Gaz naturel

22.0%

Hydro-électricité

7.0%

Nucléaire

6.5%

Autres

10.5%

Total

100%

Le recours au pétrole et au charbon diminue, alors que, au contraire, l'utilisation du nucléaire et du gaz naturel augmente. Aujourd'hui, quelques 430 réacteurs nucléaires approvisionne en électricité plus d'un milliard de consommateurs. La Chine accroît son parc nucléaire. La Corée du Sud a dernièrement annoncé la construction de seize nouvelles installations. Dans les décennies à venir, il sera nécessaire de replacer ces installations (peut-être entre 500 et 600). La décision allemande d'abandonner l'énergie nucléaire est aussi celle d'abandonner ce marché lucratif.

Le charbon mis à part, qui est extrêmement polluant, l'Europe et le Japon se trouve dépourvus d'énergie fossile, et doivent donc recourir à l'énergie nucléaire. Le tableau suivant indique les pourcentages du nucléaire dans la production d'électricité.

% de l'énergie nucléaire dans la production électrique.

France

79%

Belgique

60%

Suède

42%

Suisse

39%

Espagne

31%

Royaume-Uni

21%

Japon

31%

Les pays de l'Union Européenne ne satisfont leurs besoins énergétiques avec des sources renouvelables (eau, vent, soleil) qu'à hauteur de 6%, et, pris ensemble, il importent 50% de leurs besoins en pétrole et en gaz. Vers 2020, ils devront en importer 70%. Ces importations doivent être payées en devise forte, le dollar U.S., à des pays instables ou fragiles. Ainsi, elles pénalisent l'économie européenne et s'avèrent précaires et d'une fiabilité réduite.

La Commission de Bruxelles, dans une étude sur l'énergie, estime que quatre vingts nouveaux réacteurs devront être construits pour maintenir la production énergétique à son niveau actuel. Si des énergies fossiles devaient être substituées à ces nouveaux réacteurs, ce seraient quelques 250 millions de tonnes annuelles d'oxyde de carbone supplémentaires qui seraient relâchés dans l'atmosphère.

D'après ce que l'on peut observer de leurs campagnes, cette pollution ne semble pas gêner les environnementalistes. Ils semblent aussi ignorer la conférence de Kyoto, au cours de laquelle l'U.E. s'est engagée à réduire de 8% les émissions de gaz nocifs pour l'environnement, afin d'empêcher, si possible, le réchauffement de l'atmosphère terrestre. Selon la Commission de Bruxelles, ce résultat ne peut être atteint que grâce à un recours accru à l'énergie nucléaire. Ceci est une contradiction surprenante.

Et les autres sources d'énergie ?

Maintenant, regardons les avantages et inconvénients des différentes sources d'énergie.

Charbon

C'est la source la plus dangereuse. Aux États-Unis, la combustion du charbon est la cause de quinze mille décès prématurés chaque année. Les centrales fonctionnant au charbon émettent des produits toxiques : soufre, arsenic, mercure, fluor, plomb, oxyde de carbone et autres. Il a été récemment révélé qu'elles diffusent aussi des produits radioactifs comme l'uranium et le thorium. Une centrale à charbon qui produirait un millier de mégawatts (la norme qui a été retenue pour cette étude) expose son voisinage à cent fois plus de radioactivité qu'une centrale nucléaire de même importance. Si nous considérons l'ensemble des centrales à charbon mondiales, la quantité totale des rejets en uranium et thorium s'élève à 37.300 tonnes par an.

Gaz naturel

Non seulement le gaz est plus cher que le charbon ou l'uranium, mais il pollue aussi. Si nous considérons la même centrale, mais cette fois alimentée en gaz naturel, une telle installation déverserait 5,5 tonnes d'oxyde de soufre, 21 tonnes d'oxyde d'azote et 1,6 tonnes s'oxyde carbone. Aux États-Unis, au cours de l'année 1994, l'ensemble des centrales au gaz ont émis 5.500 tonne de déchets toxiques. Ceci ne prend pas en compte les explosions aux domiciles des consommateurs, la destruction d'immeubles et les dangers de l'acheminement. Un tuyau de 1,5 kilomètre de long et d'une section d'un mètre traversé par un fluide sous une pression de cinq kilogrammes par centimètre carrés représente une puissance explosive équivalent à deux tiers de kilotonnes, soit une petite charge nucléaire.

Sources renouvelables (hydroélectricité, solaire, éolienne, marémotrice)

Les barrages hydroélectriques nécessitent de grandes emprises territoriales, le déplacement de populations, le bouleversement de l'écologie locale, et produisent parfois des inondations. On sait maintenant quel fut le coût humain du projet chinois pharaonique du barrage dit « des Trois-Gorges » pour 18.000 MW. Des milliers de personnes ont été obligés de déménager. Des centaines de villages ont été détruits.

La construction d'une centrale solaire de 1.000 MW produirait 6.850 tonnes de déchets provenant du traitement des métaux utilisés. Un système mondial basé sur l'énergie solaire utiliserait jusqu'à 20% des ressources mondiales en fer. Il prendrait un siècle à construire et occuperait 800.000 kilomètres carrés (soit, en gros, la superficie de la France et du Royaume-Uni).

Une centrale éolienne de 1.000 MW, dans des conditions climatiques favorables, occuperait treize mille kilomètres carrés. Une étude menée par EDF (Électricité de France) montre que, pour la même énergie que celle produite par seulement deux de ses centrales nucléaires, il serait nécessaire d'ériger des mâts d'une hauteur comprise entre 80 et 50 mètres, munis des éoliennes correspondantes, tous les deux cents mètres, le long des 3.200 kilomètres du littoral français. En plus de la nuisance optique, il faudrait accepter le massacre des volatiles approchant ou quittant les côtes françaises.


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