Réchauffement climatique : quelles causes, et comment on le sait

Par Yannick Le Floc'h · Publié le

Panaches de vapeur et de fumée sortant des cheminées d'un site industriel au petit matin, ciel gris bleuté et silhouettes de pylônes électriques au loin

Demandez les causes du réchauffement, on vous répondra « le CO2 » : c’est désigner le messager plutôt que l’expéditeur. Le gaz n’apparaît pas de lui-même dans l’air, il sort de moteurs, de chaudières, de fours à ciment, de sols retournés et de panses de ruminants. Voici quelles activités alimentent la hausse, par quel raisonnement les climatologues leur ont attribué la responsabilité, et quels secteurs pèsent vraiment une fois ramenés au territoire français.

Comment on attribue un réchauffement à quelqu’un

La méthode tient en une comparaison. On fait tourner les modèles de climat deux fois : une première en n’y mettant que les causes naturelles, une seconde en y ajoutant les activités humaines. L’analyse du sixième rapport du GIEC publiée par Culture Sciences Physique, la ressource de l’ENS de Lyon destinée aux enseignants, résume le résultat : la Terre s’est réchauffée d’environ 1,1 °C sur 2011-2020 par rapport à la période 1850-1900, et ce réchauffement est attribué en totalité à l’origine humaine. Jusque vers 1950, les variations de température se reconstituent correctement avec le seul Soleil et les éruptions ; après, le jeu naturel ne suffit plus.

Le volcanisme, d’ailleurs, joue à contresens de ce qu’on imagine. Les aérosols soufrés qu’une forte éruption injecte dans la haute atmosphère font écran au rayonnement solaire : le Pinatubo, en 1991, a été suivi d’un refroidissement estimé entre 0,2 et 0,7 °C, dissipé en deux à trois ans. Un volcan refroidit brièvement, il ne chauffe pas durablement — et le CO2 qu’il dégaze reste sans commune mesure avec nos émissions, même quand la chambre magmatique se vide spectaculairement.

Trois activités fournissent l’essentiel

La première est la combustion des énergies fossiles : charbon, pétrole, gaz brûlés pour produire de l’électricité, de la chaleur, du mouvement et des matériaux. La deuxième est l’usage des terres. Les « Chiffres clés du climat » publiés par le service des données et études statistiques du ministère chiffrent la déforestation à 6,2 milliards de tonnes de CO2 par an en moyenne sur 2014-2023, soit 15 % des émissions anthropiques annuelles, sur un total voisin de 40 milliards de tonnes. Abattre une forêt agit deux fois : le carbone stocké dans le bois repart dans l’air, et la surface qui le prélevait par la photosynthèse cesse de le faire.

La troisième est agricole, et elle n’émet pas de CO2 mais du méthane et du protoxyde d’azote — fermentation digestive des ruminants, rizières, effluents d’élevage, engrais azotés. Ces deux gaz sont rares dans l’air et puissants : la même publication retient, sur cent ans, un pouvoir de réchauffement de 28 fois celui du CO2 pour le méthane et de 273 fois pour le protoxyde d’azote (des coefficients régulièrement révisés par le GIEC, ce qui explique les écarts entre deux documents). Le résultat de ces trois sources se lit dans le forçage radiatif, l’excédent d’énergie retenu par l’atmosphère : négligeable en 1750, + 2,3 W/m² en 2011, + 3 W/m² en 2024. C’est ce surplus qui alimente le déséquilibre décrit par l’effet de serre.

En France, le classement n’est pas celui qu’on croit

L’édition 2026 du rapport Secten du Citepa, l’organisme qui établit l’inventaire officiel des émissions françaises, donne 367 millions de tonnes équivalent CO2 pour 2024, hors puits de carbone. Les transports arrivent largement en tête avec environ 117 millions de tonnes, près d’un tiers du total ; l’agriculture suit à 77,5 millions de tonnes, soit 21 % ; viennent ensuite l’industrie manufacturière et la construction autour de 60 millions, les bâtiments à 56,1 millions, et le secteur de l’énergie à 31,2 millions seulement.

Ce dernier chiffre explique les autres. Là où l’électricité très carbonée place la production d’énergie en tête dans beaucoup de pays, le parc électrique français la relègue loin derrière, ce qui fait mécaniquement ressortir la voiture, le camion et l’élevage. Un classement national ne se transpose donc pas d’un pays à l’autre, et le geste efficace ici n’est pas celui qui l’est ailleurs. La tendance, elle, est à la baisse : le baromètre du Citepa estime les émissions 2025 en recul de 2,1 %, autour de 359 millions de tonnes, l’industrie manufacturière contribuant le plus à cette diminution.

L’erreur de lecture la plus coûteuse

Une baisse des émissions n’est pas une baisse de la concentration. Tant que nous émettons, même moins, nous ajoutons du carbone à un stock atmosphérique qui ne se vide qu’à l’échelle du siècle : la courbe du CO2 continue de monter, plus lentement. Confondre le débit du robinet et le niveau de la baignoire conduit à s’étonner que la température grimpe encore alors que les inventaires s’améliorent. Pour voir ce que ce niveau déplace déjà sur nos rivières, nos forêts et notre littoral, les séries de mesures françaises sont sans ambiguïté.

Cet article a été rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
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