Biodiversité : définition, rôle et raisons de son déclin

Par Yannick Le Floc'h · Publié le

Bord d'étang au lever du soleil, touffes de roseaux, feuilles de nénuphar et petite libellule, brume sur l'eau

Le mot est partout, dans les discours politiques comme sur les emballages, au point d’en devenir flou. Pourtant, la biodiversité a une définition précise, des chiffres solides et des mécanismes de déclin bien identifiés. Savoir ce qu’elle recouvre permet de comprendre pourquoi une mare, une haie ou un tas de feuilles mortes comptent autant qu’un ours ou une baleine. Voici la définition des scientifiques, ce que le vivant fait pour nous sans que nous le voyions, et ce que disent les inventaires sur son état en France.

Une définition à trois étages

Le mot est jeune. Selon le Muséum national d’Histoire naturelle, il a été forgé en 1985 par le biologiste américain Walter G. Rosen, lors d’un colloque aux États-Unis, puis consacré en 1992 au sommet de la Terre de Rio, avec la Convention sur la diversité biologique. Cette convention la définit comme la variabilité des êtres vivants de toute origine, ce qui comprend la diversité au sein des espèces, entre les espèces et celle des écosystèmes.

Concrètement, les écologues distinguent trois niveaux emboîtés :

  • la diversité génétique, c’est-à-dire les différences entre individus d’une même espèce. Deux chênes, deux abeilles ou deux humains ne portent pas exactement les mêmes gènes, et c’est cette variété qui permet à une population de s’adapter à une maladie ou à un climat qui change ;
  • la diversité des espèces, le niveau le plus intuitif : le nombre d’espèces différentes qui vivent dans un milieu ;
  • la diversité des écosystèmes, c’est-à-dire la variété des milieux — forêts, prairies, tourbières, récifs, lagunes — et des communautés d’espèces qui les habitent.

À ces trois niveaux, l’Office français de la biodiversité ajoute un ingrédient essentiel : les interactions. La biodiversité, écrit-il, c’est la richesse du monde vivant dans toutes ses composantes, espèces, diversité génétique des individus et complexité des relations. Une fleur et son pollinisateur, un arbre et le champignon associé à ses racines, un prédateur et sa proie forment un réseau, et c’est ce réseau, plus que la liste des espèces, qui fait tenir un écosystème.

Combien d’espèces ? Une question sans réponse définitive

L’OFB compte environ 1,9 million d’espèces connues dans le monde. C’est une petite fraction de ce qui existe : le Muséum estime qu’il resterait de 6 à 18 millions d’espèces à découvrir, et rappelle que les insectes représentent à eux seuls les trois quarts des espèces animales connues. Le monde microscopique donne le vertige : un litre d’eau de mer peut contenir jusqu’à 10 milliards de bactéries et de 10 à 100 milliards de virus.

La France occupe une place à part. Grâce à ses territoires d’outre-mer, elle abrite environ 10 % de la biodiversité mondiale selon l’OFB, qui recense 186 883 espèces sur le territoire national, et 10 % des récifs coralliens de la planète. Les îles, en particulier, concentrent des espèces endémiques, qu’on ne trouve nulle part ailleurs : isolées pendant des millions d’années, comme La Réunion née d’un point chaud — nous expliquons comment se forme un tel volcan —, elles ont vu évoluer des lignées propres. L’Hexagone n’est pas en reste : il est, toujours selon l’OFB, champion d’Europe pour la diversité des amphibiens, des oiseaux et des mammifères.

Ce que la biodiversité fait pour nous, sans facture

Les écologues parlent de services écosystémiques pour désigner ce que les milieux vivants nous fournissent gratuitement. L’OFB en donne une liste parlante : la production d’oxygène par les océans et les végétaux, l’épuration de l’eau par les plantes, les champignons et les micro-organismes — ce sont d’ailleurs des bactéries qui font le travail dans les stations d’épuration —, l’atténuation des aléas climatiques, la découverte de médicaments, les matériaux et l’alimentation.

Le plus souvent, ces services passent par des acteurs invisibles. Les feuilles qui tombent chaque automne sont décomposées par une armée de champignons, de bactéries et d’invertébrés qui refont le sol : c’est la suite de l’histoire des feuilles qui changent de couleur puis se détachent. Sans pollinisateurs, une grande partie des fruits et légumes ne se formerait pas. Sans zones humides, les crues seraient plus violentes et l’eau moins propre. Chaque espèce n’est pas indispensable prise isolément, mais la perte de nombreux maillons finit par faire céder le réseau.

Un déclin mesuré, en France comme ailleurs

Les chiffres rassemblés par l’OFB sont sans ambiguïté. D’après l’Observatoire national de la biodiversité, en 2019, 18 % des espèces en France étaient déjà éteintes ou menacées, et 78 % des habitats se trouvaient dans un état de conservation défavorable. À l’échelle mondiale, les populations de vertébrés suivies ont diminué de 68 % en moyenne entre 1970 et 2016. Dans l’Hexagone, deux espèces de papillons sur trois ont disparu d’au moins un département entre 1900 et 2020, et 41 % des zones humides emblématiques se sont dégradées entre 2010 et 2020. Le Muséum relaie par ailleurs l’alerte de nombreux scientifiques sur une possible sixième extinction de masse, dont les signaux restent trop souvent négligés.

Les cinq pressions qui font reculer le vivant

La Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), l’équivalent du GIEC pour le vivant, a identifié cinq grandes causes, reprises par l’OFB :

  1. la destruction et la transformation des milieux naturels, artificialisés pour l’urbanisation, les infrastructures ou l’agriculture intensive — c’est la première pression ;
  2. les pollutions de l’air, des sols et de l’eau, mais aussi lumineuse et sonore : l’OFB indique que 72 % du territoire hexagonal est exposé à une pollution lumineuse élevée, qui désoriente notamment les insectes et les oiseaux migrateurs qui voyagent de nuit ;
  3. la surexploitation des ressources, de la pêche à la cueillette ;
  4. le changement climatique, qui déplace les aires de répartition et désynchronise les calendriers entre espèces ;
  5. les espèces exotiques envahissantes : l’OFB en compte en moyenne 14 nouvelles par département tous les dix ans.

Ces pressions se cumulent et se renforcent. Une population réduite par la perte de son habitat perd aussi de sa diversité génétique, donc de sa capacité à s’adapter au réchauffement : les trois étages de la biodiversité s’effondrent ensemble.

Où regarder, et l’erreur à éviter

La biodiversité ne se résume pas aux espèces spectaculaires ni aux espaces lointains. Les inventaires participatifs, comme ceux du Muséum et de ses partenaires, s’appuient sur des milliers d’observations faites dans les jardins, les parcs et les bords de routes. L’erreur la plus courante est de penser que la nature « ordinaire » ne compte pas : c’est justement elle, moineaux, carabes, vers de terre, qui fait tourner les écosystèmes du quotidien, et les papillons disparus de nos départements montrent qu’elle recule aussi. Cet automne, avant de ratisser ou de tondre ras, regardez ce qui vit dans un mètre carré de pelouse ou de litière : vous y trouverez, à la loupe, une bonne partie des trois étages décrits plus haut.

Cet article a été rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
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