Pourquoi les feuilles changent-elles de couleur en automne ?

Par Inès Carrère · Publié le

Feuilles d'érable jaune d'or en contre-jour, nervures visibles, devant les troncs sombres d'une forêt d'automne

En quelques semaines, les forêts passent du vert uniforme à une palette de jaunes, d’orangés, de rouges et de bruns. Le spectacle n’a rien d’un simple fané : c’est l’aboutissement d’une opération minutieuse, par laquelle l’arbre démonte ses feuilles, en récupère les matériaux les plus précieux, puis s’en sépare proprement. Comprendre les couleurs de l’automne, c’est lire cette opération en direct. À la fin de cet article, vous saurez pourquoi un bouleau jaunit quand un érable rougit, pourquoi un chêne finit brun, et pourquoi certains automnes sont plus flamboyants que d’autres.

Le vert cachait déjà le jaune

Tout l’été, une feuille est une usine à photosynthèse. Son pigment principal, la chlorophylle, capte la lumière pour fabriquer des sucres à partir du dioxyde de carbone de l’air et de l’eau. Elle est si abondante qu’elle masque tous les autres pigments. Car la feuille en contient d’autres : comme l’explique le Muséum national d’Histoire naturelle, les feuilles renferment aussi des carotènes, orangés, et des xanthophylles, jaunâtres. Ces caroténoïdes participent à la capture de la lumière et protègent l’appareil photosynthétique des excès de soleil.

La chlorophylle a une particularité : elle s’use vite et doit être renouvelée en permanence. Tant que l’arbre la fabrique, le vert domine. Le jour où il cesse de la produire, elle disparaît en quelques jours ou quelques semaines, et les caroténoïdes, plus stables, apparaissent enfin. Le jaune d’un bouleau, d’un peuplier ou d’un ginkgo n’est donc pas fabriqué pour l’automne : il était là depuis le printemps, caché sous le vert.

Qui donne le signal : la lumière plus que le froid

Contrairement à une croyance tenace, ce n’est pas le premier coup de froid qui déclenche le changement. Le Muséum le rappelle : à partir de septembre, les journées raccourcissent, les arbres reçoivent moins de lumière et ralentissent leur métabolisme. C’est la longueur des nuits, captée par des pigments sensibles à la lumière, qui lance le programme de sénescence des feuilles. Le froid et la sécheresse modulent ensuite le calendrier et l’intensité, mais le chef d’orchestre est la photopériode.

Les animaux obéissent souvent au même signal. Le raccourcissement des jours déclenche aussi, chez les oiseaux, l’engraissement et l’agitation qui précèdent le départ : c’est une des clés de la manière dont les oiseaux migrateurs préparent et orientent leur voyage. Et chez nous, c’est encore la lumière qui règle l’horloge interne et la sécrétion de mélatonine, dont dépend l’organisation de nos nuits et de nos phases de rêve.

Recycler avant de jeter : ce qui se passe dans la feuille

Une feuille contient des ressources coûteuses à fabriquer, à commencer par l’azote, élément clé des protéines et de la chlorophylle elle-même. Laisser tomber une feuille pleine serait un gaspillage considérable. L’arbre la démonte donc méthodiquement : la chlorophylle est dégradée, les protéines sont découpées, et l’azote, le phosphore et d’autres éléments sont renvoyés vers les rameaux, le tronc et les racines, où ils seront stockés jusqu’au printemps. Les nouvelles feuilles d’avril seront en partie construites avec les matériaux récupérés sur celles d’octobre.

Pendant ce démontage, la feuille est vulnérable : son système de protection contre la lumière est en cours de démantèlement. C’est là qu’intervient le rouge.

Le rouge, une couleur fabriquée exprès

Contrairement au jaune, le rouge n’était pas caché. Certains arbres, relève le Muséum, fabriquent en fin de saison des anthocyanes, pigments rouges à pourpres, à partir des sucres encore présents dans la feuille. Les érables, le liquidambar, les cerisiers, les sumacs ou la vigne vierge en sont de grands producteurs, d’où leurs rouges éclatants. D’autres espèces, comme le bouleau ou le peuplier, n’en fabriquent presque pas et se contentent du jaune.

Pourquoi dépenser de l’énergie à produire un pigment dans une feuille condamnée ? Deux hypothèses sont discutées par les botanistes. La plus étayée fait des anthocyanes une crème solaire : elles filtreraient une partie de la lumière et protégeraient la feuille pendant qu’elle rapatrie ses nutriments, ce qui permettrait à l’arbre d’en récupérer davantage. Une autre, plus controversée, y voit un signal adressé aux insectes, notamment aux pucerons qui cherchent un arbre où pondre à l’automne : un rouge vif signalerait un hôte vigoureux et bien défendu. Les deux ne s’excluent pas, et la question n’est pas tranchée.

La météo explique pourquoi certains automnes sont plus spectaculaires. Des journées ensoleillées produisent beaucoup de sucres ; des nuits fraîches, sans gel, ralentissent leur évacuation hors de la feuille. Les sucres s’accumulent et nourrissent la fabrication d’anthocyanes : c’est la recette des rouges flamboyants. À l’inverse, un automne gris et doux donne des couleurs ternes, et une forte sécheresse estivale peut faire brunir et tomber les feuilles avant même qu’elles aient eu le temps de colorer.

Et le brun ? Les tanins, derniers à partir

Les chênes, les hêtres et beaucoup de feuilles en fin de course virent au brun. Le Muséum explique que des tanins s’accumulent dans les feuilles pour les protéger, puis s’oxydent en prenant une couleur brune. Chez le hêtre et chez de jeunes chênes, ces feuilles sèches restent d’ailleurs souvent accrochées aux branches une partie de l’hiver, un phénomène que les botanistes appellent la marcescence.

La chute : une cicatrice préparée d’avance

Une feuille ne tombe pas parce qu’elle est morte : elle tombe parce que l’arbre l’a détachée. À la base du pétiole, la queue de la feuille, se forme une zone d’abscission, une couche de cellules qui se dissocient tandis qu’une autre couche, subérifiée, scelle la plaie côté rameau. L’Office national des forêts décrit ce « bouchon » qui empêche le passage de la sève : la feuille se dessèche, devient fragile, et le vent fait le reste. Sur un rameau, en hiver, vous pouvez observer ces petites cicatrices foliaires juste sous chaque bourgeon.

Les conifères échappent à la règle : leurs aiguilles, couvertes de cire et aux cellules solides, résistent au froid et restent en place plusieurs années. Avec des exceptions que l’ONF cite volontiers, comme le mélèze, le cyprès chauve ou le métaséquoia, qui perdent leurs aiguilles chaque automne après les avoir fait virer à l’or.

Une fois au sol, les feuilles ne sont pas perdues : champignons, bactéries, vers de terre et une foule d’invertébrés les décomposent et restituent au sol une partie de leurs éléments. La litière est l’un des maillons les plus discrets et les plus essentiels du fonctionnement d’une forêt, une illustration concrète de ce qu’est la biodiversité et du rôle de chaque espèce dans un écosystème.

Pour observer tout cela, ne cherchez pas la forêt la plus colorée : choisissez un arbre près de chez vous et regardez-le chaque semaine jusqu’à la mi-novembre. Vous verrez dans quel ordre il abandonne ses feuilles, et si le rouge ou le jaune l’emporte selon les semaines, puis vous repérerez en décembre, sous chaque bourgeon, la cicatrice laissée par la feuille de l’année.

Cet article a été rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
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