Pourquoi la biodiversité est importante : ce qui dépend d'elle

Par Yannick Le Floc'h · Publié le

Verger de pommiers en fleurs au petit matin, branches chargées de fleurs blanches et prairie fleurie entre les rangs

Posez la question autour de vous : on vous répondra l’ours blanc ou la forêt amazonienne. La réponse n’est pas fausse, elle est seulement hors d’échelle. L’importance de la biodiversité se mesure bien plus près de vous : dans ce qui arrive sur la table, dans la régularité d’une récolte, dans la capacité d’une prairie à encaisser une sécheresse. Voici ce qui dépend réellement du vivant, chiffres en main, et comment distinguer une dépendance mesurée d’un slogan.

Les trois quarts des cultures passent par un animal

Commençons par le mieux chiffré. Selon l’évaluation mondiale de l’IPBES, l’équivalent du GIEC pour le vivant, « plus de 75 % des types de cultures vivrières mondiales dépendent de la pollinisation par les animaux ». Ce rapport, approuvé en mai 2019, estime à 235 à 577 milliards de dollars le montant annuel de la production agricole mondiale en péril du fait de la disparition des pollinisateurs.

La France n’y échappe pas. Le ministère de la Transition écologique, s’appuyant sur l’évaluation française des écosystèmes (EFESE), indique que 72,2 % des espèces cultivées pour l’alimentation humaine dépendent plus ou moins fortement des insectes pollinisateurs. La part de la production végétale française attribuable à leur action valait entre 2,3 et 5,3 milliards d’euros en 2010.

Une précision s’impose, car c’est là que les raccourcis abondent : les céréales sont pollinisées par le vent. Si les pollinisateurs disparaissaient, le tonnage mondial ne s’effondrerait pas d’un coup — ce sont les fruits, les légumes, le café et le cacao qui quitteraient l’assiette, soit presque tout ce qui lui donne sa variété.

Ce que la technique ne rachète pas

Ne peut-on compenser par plus d’engrais et de traitements ? Des chercheurs du Muséum national d’Histoire naturelle, du CNRS et de l’INRA ont posé la question aux données françaises : 54 cultures, de 1989 à 2010, dans les 22 régions métropolitaines. Résultat relayé par le Muséum : pour les cultures peu dépendantes des pollinisateurs, le rendement progresse bien avec l’intensification. Pour celles qui en dépendent fortement — de 65 à 95 % —, le rendement moyen n’augmente pas avec des pratiques plus intensives, et il devient plus variable d’une année sur l’autre.

Le service ne se rachète donc pas : il se perd. Et il ne repose pas sur une espèce unique. L’INRAE recense environ un millier d’espèces d’abeilles en France, dont l’abeille domestique n’est qu’une parmi les autres — raison pour laquelle il faut lire avec prudence les alertes sur la disparition des abeilles, qui mélangent souvent le sort des ruches et celui des abeilles sauvages.

La diversité fonctionne comme une assurance

Vient un argument moins intuitif, et pourtant central chez les écologues : la diversité n’est pas un luxe décoratif, c’est une marge de sécurité. Une étude du Laboratoire écologie fonctionnelle et environnement, publiée dans Functional Ecology en avril 2022 et présentée par le CNRS, a suivi des communautés d’invertébrés dans toute la zone néotropicale. Leur stabilité face aux changements de précipitations ne venait pas d’une adaptation locale au climat, mais de la redondance des fonctions assurées par les espèces, laquelle « joue un rôle d’assurance face à la perte de biodiversité ». Quand plusieurs espèces font le même métier, la défaillance de l’une passe inaperçue ; quand il n’en reste qu’une, chaque mauvaise année devient un accident.

Encore ne suffit-il pas de compter les espèces. Un travail franco-chilien paru dans PLoS Biology a reconstitué le réseau complet de 106 espèces d’une zone intertidale du Chili : les interactions non alimentaires — offrir un abri, un support — y sont deux fois plus nombreuses que les relations de consommation, et réorganiser ce réseau au hasard faisait chaque fois chuter biodiversité et biomasse. Ce n’est donc pas la liste des habitants qui fait tenir un écosystème, mais l’architecture de leurs liens, dont les chaînes alimentaires ne sont qu’une partie.

Le vivant retient aussi le carbone

Dernier service, rarement mis à son crédit : le stockage du carbone. L’IPBES chiffre à 5,6 gigatonnes les émissions annuelles de CO2 retenues par les écosystèmes marins et terrestres. Forêts, sols, prairies et océans amortissent une part de nos rejets, et cette capacité dépend du vivant qui les habite. Le même rapport estime que jusqu’à un million d’espèces sont menacées d’extinction — les pressions qui mènent à ce bilan sont détaillées dans notre article sur la biodiversité et son déclin.

L’erreur la plus commune est de hiérarchiser le vivant par son charisme : on s’émeut d’un grand mammifère et on ignore le cortège d’insectes qui fait la récolte d’un verger. En ce début d’automne, arrêtez-vous devant un lierre en fleur, l’un des derniers massifs butinés de l’année, et comptez les silhouettes différentes qui s’y posent en cinq minutes : c’est à cette diversité anonyme et redondante que renvoie la notion d’assurance.

Cet article a été rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
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