À quoi sert l'appendice ? Un refuge pour nos bactéries

Par Inès Carrère · Publié le

Lapin de garenne immobile de profil dans une prairie d'herbes hautes montées en graines, dans la lumière dorée de fin de journée

Il figure en bonne place au catalogue des pièces inutiles du corps humain, juste à côté des dents de sagesse. On le retire par dizaines de milliers chaque année en France, et ceux qui n’en ont plus se portent très bien. Pourtant, depuis une vingtaine d’années, l’appendice intrigue à nouveau : son tissu grouille de cellules immunitaires, sa forme en cul-de-sac semble faite pour abriter quelque chose, et l’évolution des mammifères s’est donné du mal pour le fabriquer. Voici où il se trouve, ce qu’il contient, et les pistes sérieuses sur son rôle.

Un cul-de-sac au carrefour de l’intestin

Son nom complet est appendice vermiculaire, « en forme de ver ». C’est un diverticule du cæcum : un petit tube borgne greffé sur la première portion du gros intestin. La Société nationale française de gastro-entérologie le décrit long d’une dizaine de centimètres, implanté juste sous la valvule iléo-cæcale, le sas qui sépare l’intestin grêle du côlon — d’où la douleur en bas à droite du ventre quand il s’enflamme.

Sa position compte plus que sa taille. Planté en retrait du courant, à l’écart du trajet des matières, il est le seul recoin du gros intestin à ne pas être balayé à chaque passage. Sa longueur et son orientation varient beaucoup d’une personne à l’autre : l’inventaire du corps humain, jusqu’au nombre d’os, est moins figé qu’on ne l’imagine.

Un tissu truffé de cellules immunitaires

Au microscope, la paroi de l’appendice ne ressemble pas à celle du côlon voisin : elle est bourrée de follicules lymphoïdes, ces amas de lymphocytes qui forment le système de défense local du tube digestif. Le cours d’histologie de l’université de Nantes parle d’un abondant tissu lymphoïde et de plaques de Peyer tubulaires, cousines de celles de l’intestin grêle. L’épithélium qui les recouvre porte des cellules M, qui capturent des antigènes et les présentent aux cellules immunitaires — le dispositif des amygdales, transposé au seuil du côlon.

Ce tissu n’est pas en veille. En 2015, l’équipe d’Éric Vivier, au Centre d’immunologie de Marseille-Luminy (CNRS, Inserm, Aix-Marseille Université), a montré dans Nature Immunology que des cellules lymphoïdes innées protègent l’appendice des dégâts d’une infection et y entretiennent un milieu favorable aux bactéries commensales. L’Inserm en tirait une formule : un refuge pour les bactéries utiles, plutôt qu’un organe sans intérêt immunologique.

L’hypothèse du refuge à bactéries

Ces indices — un tube borgne à l’abri du flux, une paroi immunitairement très active, des bactéries entretenues sur place — ont été réunis en 2007 par Randal Bollinger, William Parker et leurs collègues de l’université Duke, dans un article du Journal of Theoretical Biology. Leur proposition : l’appendice serait une safe house, une maison sûre où le côlon garde un échantillon de sa flore sous forme de biofilms. Quand une diarrhée infectieuse vide le tube digestif, cette réserve permettrait de le réensemencer avec les espèces habituelles, au lieu de laisser la place au premier opportuniste venu.

Votre intestin héberge en effet un écosystème au sens strict. Et les règles qui gouvernent un écosystème valent à cette échelle aussi : après une perturbation, la recolonisation dépend de ce qui a survécu dans les refuges.

Ce que l’évolution suggère

Depuis Darwin, l’appendice passe pour une structure vestigiale, un reliquat sans emploi — le même soupçon pèse sur le hoquet, dont on connaît le mécanisme sans savoir à quoi il sert. Mais un organe inutile devrait disparaître, et surtout ne pas réapparaître. C’est l’inverse qu’on observe. En 2021, Maxime Collard, Michel Laurin et leurs collègues ont reconstitué son histoire chez 258 espèces de mammifères, 39 pourvues d’un appendice et 219 sans, dans le Journal of Anatomy. Comme le résume le Muséum national d’Histoire naturelle, l’appendice est apparu au moins seize fois de façon indépendante, et n’a été perdu qu’une seule fois. Nous le partageons avec les grands singes, mais aussi avec le lapin ou le wombat.

Les mêmes auteurs relèvent une corrélation inattendue : les espèces qui en possèdent un affichent une longévité maximale supérieure d’environ 60 %. L’explication qu’ils privilégient est celle du sanctuaire bactérien, qui réduirait la mortalité par diarrhée infectieuse. Mais une corrélation ne démontre pas une fonction, et le cours de Nantes juge, lui, le rôle de l’appendice peu important dans la défense immunitaire. L’organe rejoint le bâillement, où plusieurs hypothèses se disputent le terrain : le mécanisme est décrit, la fonction reste à établir.

Reste à éviter le contresens le plus tentant. Un appendice réhabilité peut toujours s’enflammer, et la SNFGE rappelle que près d’une personne sur dix fait une appendicite au cours de sa vie. Les travaux de 2021 ne disent rien de plus que ceci, dans la bouche d’Éric Ogier-Denis : c’est l’ablation d’un appendice sain, non celle d’un appendice malade, qui pourrait avoir des conséquences. La question, désormais, n’est plus de savoir si cet organe sert à quelque chose, mais à quoi il servait assez pour que l’évolution le réinvente seize fois.

Cet article a été rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
Politique éditoriale et usage de l'intelligence artificielle