Pourquoi on bâille : ce que la science sait de ce réflexe
On bâille au réveil, avant de dormir, pendant une réunion qui s’étire, et parfois simplement parce que quelqu’un d’autre vient de le faire. Le geste est universel, et pourtant il reste l’un des comportements les moins bien expliqués du répertoire humain. Les chercheurs ont au moins écarté l’explication la plus répandue, et plusieurs hypothèses sérieuses se disputent le terrain. Voici ce qui se passe pendant ces quelques secondes, ce qui est démontré, ce qui reste à trancher, et pourquoi la contagion intrigue tant.
Que se passe-t-il pendant un bâillement ?
C’est une séquence toujours identique : une inspiration lente et profonde, la mâchoire abaissée au maximum, une courte pause pendant laquelle les muscles du visage et du cou se tendent, puis une expiration plus brève. Il s’accompagne souvent d’un étirement des bras et du tronc, la pandiculation. Une fois lancé, il est presque impossible de l’interrompre : c’est un programme moteur qui se déroule d’un bloc.
Dans une étude publiée en 2012 dans Frontiers in Evolutionary Neuroscience, des psychologues américains ont enregistré des volontaires avant, pendant et après leurs bâillements. Au sommet du geste, le cœur passe en moyenne d’environ 80 à 92 battements par minute, le volume d’air inspiré atteint le double, voire davantage, d’une respiration ordinaire, et la conductance de la peau, un indicateur d’activation du système nerveux, augmente.
Le geste est aussi très ancien : les mêmes auteurs rappellent qu’on l’observe dans les cinq classes de vertébrés, des poissons aux mammifères en passant par les oiseaux. Un comportement aussi largement conservé a toutes les chances de servir à quelque chose ; c’est l’un de ces traits partagés qui dessinent la parenté du vivant, cette biodiversité faite de gènes, d’espèces et de relations. Chez l’être humain, il précède même la naissance : le médecin français Olivier Walusinski, spécialiste du sujet, a décrit en échographie des fœtus qui bâillent dès 12 à 13 semaines de grossesse.
L’oxygène, une fausse piste
L’idée la plus répandue veut que l’on bâille pour faire le plein d’oxygène. Elle a été testée, et elle n’a pas résisté. En 1987, le psychologue américain Robert Provine et ses collègues ont fait respirer à des volontaires de l’oxygène pur, puis de l’air enrichi en dioxyde de carbone à 3 et 5 %. Résultat, publié dans la revue Behavioral and Neural Biology : aucun de ces gaz n’a modifié la fréquence des bâillements, alors que tous deux accéléraient la respiration. Un exercice assez intense pour doubler le rythme respiratoire n’a pas davantage fait bâiller. Bâillement et respiration relèvent de mécanismes distincts. Le fœtus le confirme à sa manière : il bâille sans respirer d’air, ses poumons étant encore remplis de liquide.
Éveil, transition, refroidissement : les hypothèses sérieuses
Le coup de fouet de la vigilance. On bâille surtout aux moments de bascule : au réveil, à l’approche du sommeil, avant un événement important. Le profil mesuré pendant un bâillement ressemble à celui d’un regain d’éveil. Plusieurs chercheurs y voient un outil de transition qui aiderait le cerveau à changer de régime, par exemple aux frontières de la nuit, dont nous avons décrit les cycles et le sommeil paradoxal.
Le refroidissement du cerveau. L’équipe du psychologue américain Andrew Gallup fait du bâillement un radiateur : la grande inspiration et l’étirement de la mâchoire augmenteraient la circulation sanguine dans le crâne et aideraient à évacuer la chaleur. Les auteurs de l’étude de 2012 jugent leurs mesures plus compatibles avec cette idée qu’avec les autres.
Un indice venu de la taille du cerveau. En 2016, une étude parue dans Biology Letters a comparé les bâillements de 109 individus appartenant à 19 espèces de mammifères, de la souris à l’éléphant. Leur durée moyenne prédit remarquablement bien le poids du cerveau et le nombre de neurones du cortex. C’est cohérent avec les deux hypothèses précédentes, mais une corrélation ne démontre pas une fonction : aucune explication ne l’emporte aujourd’hui, et elles ne s’excluent pas.
Pourquoi le bâillement est-il contagieux ?
Voir quelqu’un bâiller, l’entendre ou simplement y penser suffit souvent à déclencher le sien. Cette contagion est distincte du bâillement spontané : elle n’apparaît, selon l’étude de 2012, que vers 4 ou 5 ans, et n’a été décrite que chez un petit nombre d’espèces sociales, dont des grands singes. Une piste la relie aux capacités qui mûrissent pendant l’enfance, comme la faculté de se mettre à la place d’autrui ; d’autres travaux y voient surtout une imitation motrice automatique. Le débat reste ouvert : ne pas bâiller en voyant bâiller ne dit rien de l’empathie d’une personne.
L’erreur à éviter
Un bâillement n’est pas un signe d’ennui ou d’impolitesse : il signale plutôt un changement d’état, aussi bien avant une épreuve qu’au moment de se coucher. Si des bâillements très fréquents et inhabituels vous préoccupent, c’est une question à poser à un médecin, pas à un article.
Pour voir le phénomène à l’œuvre, observez les animaux quand ils changent d’activité : le chien qui quitte son panier, le chat qui s’étire au soleil, et même les oiseaux, dont certains savent dormir par brèves séquences en plein vol migratoire. Le même programme se déroule, d’un bloc, chez des espèces que tout sépare.
Cet article a été rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
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