Pourquoi les chats ronronnent-ils ? Ce que révèle leur larynx
Posez la main sur le flanc d’un chat qui ronronne : tout son corps vibre, à l’inspiration comme à l’expiration. Ce son familier est pourtant l’un des plus mystérieux du monde animal. On a longtemps cru savoir comment il était produit, et une étude récente a remis ce savoir en question. Quant à sa fonction, elle ne se résume pas au contentement. Voici ce que les chercheurs ont établi sur la mécanique du ronronnement, ce qu’ils soupçonnent de son rôle, et ce qui reste à démontrer.
Un son trop grave pour un si petit animal
Le premier mystère est acoustique. Un chat domestique ronronne autour de 25 à 30 vibrations par seconde, soit 25 à 30 hertz, une fréquence plus basse que la note la plus grave d’une voix de basse humaine. Or, en règle générale, plus un larynx est petit, plus il produit des sons aigus. Les cordes vocales d’un chat, longues de quelques millimètres, n’auraient donc jamais dû pouvoir descendre aussi bas.
Pendant des décennies, l’explication dominante a été musculaire : le cerveau enverrait aux muscles du larynx une commande rythmée qui ouvrirait et fermerait la glotte, ce passage entre les cordes vocales, à la cadence du ronronnement. Le son serait « fabriqué » activement, battement par battement.
Ce que l’on a découvert en 2023
En octobre 2023, une équipe internationale menée par le spécialiste de la voix Christian Herbst, de l’université de Vienne, a publié dans la revue Current Biology une expérience qui bouscule ce modèle. Les chercheurs ont travaillé sur le larynx de huit chats domestiques décédés, prélevé puis monté sur un banc d’essai, dans lequel ils ont simplement fait passer un flux d’air. Selon le résumé de l’étude déposé dans l’archive ouverte de l’université vétérinaire de Vienne, les huit larynx ont produit des oscillations autoentretenues à 25-30 hertz, sans le moindre influx nerveux ni contraction musculaire.
Le secret se trouverait dans les cordes vocales elles-mêmes. L’examen au microscope a révélé des masses de tissu conjonctif, jusqu’à 4 millimètres de diamètre, incluses dans leur épaisseur. Ces « coussinets » alourdissent les cordes vocales et les font vibrer plus lentement, comme une corde de guitare plus épaisse sonne plus grave. Le ronronnement relèverait alors du même principe physique que les autres cris du chat et que notre propre voix : l’air met en vibration des tissus élastiques.
Nuance importante, soulignée par les auteurs eux-mêmes : l’expérience ne prouve pas que les muscles n’interviennent jamais. Elle montre qu’ils ne sont pas indispensables pour atteindre ces fréquences. Chez l’animal vivant, une commande nerveuse pourrait encore déclencher, moduler ou entretenir le ronronnement. Le débat est relancé, pas clos, un peu comme celui de la boussole magnétique des oiseaux, dont le capteur est identifié sans que tout le mécanisme soit démontré.
Pas seulement un signe de bien-être
Le chaton ronronne dès ses premiers jours, pendant la tétée, et sa mère lui répond de la même façon. Chez ces petits encore aveugles, le ronronnement fonctionnerait comme un signal de contact : tout va bien, je suis là, continue. Chez l’adulte, il accompagne les caresses et le repos, mais les vétérinaires l’observent aussi chez des chats stressés, blessés ou pendant une mise bas. Le ronronnement n’exprime donc pas une émotion unique. L’hypothèse la plus partagée en fait un signal social d’apaisement, adressé à un congénère ou à un humain, et peut-être aussi à soi-même.
Il sait aussi se faire insistant. En 2009, l’éthologue Karen McComb, de l’université du Sussex, a publié dans Current Biology une étude sur le « ronronnement de sollicitation », celui que certains chats émettent pour réclamer leur repas. Les enregistrements ont révélé, noyée dans le ronron grave, une composante aiguë qui rappelle un miaulement ou un cri. Des volontaires, y compris sans chat à la maison, jugeaient ces ronronnements plus urgents et moins agréables que les autres. Le chat exploiterait ainsi notre sensibilité aux pleurs de nourrisson.
Reste une hypothèse séduisante qui circule beaucoup : les basses fréquences du ronronnement aideraient les os et les tissus à se réparer. L’idée repose sur des travaux menés chez d’autres espèces avec des vibrations mécaniques ; aucune étude n’a démontré cet effet chez le chat. Elle reste, à ce jour, une piste et non un fait.
Une particularité de famille
Le ronronnement continu, qui se poursuit sans interruption au fil des respirations, est la marque des petits félins : chat domestique, lynx, puma ou guépard ronronnent. Les grands félins capables de rugir, comme le lion ou le tigre, ne produisent pas ce son de la même façon. La différence tient à l’anatomie du larynx, et elle rappelle que chaque espèce d’une même famille a suivi sa propre voie, l’un des visages de la diversité du vivant.
Le chat a d’ailleurs rendu d’autres services à la science : c’est en l’observant que le neurobiologiste Michel Jouvet a décrit à Lyon le sommeil paradoxal, celui des rêves. La prochaine fois que le vôtre ronronnera sur vos genoux, écoutez s’il glisse dans son ronron une note plus aiguë : si c’est le cas, il ne vous remercie peut-être pas, il vous rappelle l’heure du dîner.
Cet article a été rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
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