À quoi sert la rate ? Un filtre à globules rouges usés

Par Inès Carrère · Publié le

Silhouette d'un apnéiste vu de loin et de dos, descendant dans une eau turquoise traversée de rayons de lumière

On la connaît surtout par les expressions : se dilater la rate, courir comme un dératé. Pour le reste, c’est un organe sans réputation, dont on apprend l’existence le jour où un médecin la palpe. Elle travaille pourtant sans arrêt sur votre sang, cellule par cellule, et la recherche lui a rendu un rôle plus précis que celui de pièce accessoire. Voici ce qu’elle trie, et ce qu’elle garde en réserve.

Un organe discret sous les côtes gauches

La rate est un organe lymphoïde richement vascularisé, logé dans l’hypochondre gauche — en haut à gauche de l’abdomen, en regard de la dixième côte, à l’abri de la cage thoracique. Le cours d’hématologie des facultés françaises lui donne 150 à 250 grammes chez l’adulte. Chez une personne en bonne santé, elle n’est pas palpable : une rate que l’on sent sous les doigts a grossi, et c’est au médecin d’en chercher la raison.

C’est surtout un carrefour sanguin : d’après l’Encyclopædia Universalis, le débit qui la traverse représente environ 6 % du volume sanguin total chaque minute. Tout votre sang y repasse, en boucle, du matin au soir.

Un filtre qui trie les globules rouges un par un

C’est sa fonction la mieux établie, et elle repose sur une astuce mécanique. Dans la rate, le sang quitte les vaisseaux et se retrouve au contact direct des macrophages, ces cellules chargées d’avaler les débris. Pour regagner la circulation générale, les globules rouges doivent ensuite traverser la paroi de petites veines, les sinus, en se déformant de façon majeure. Comme l’explique l’Inserm, seuls les globules rouges souples franchissent cet obstacle ; les autres restent coincés.

Le tri est fin. La rate n’élimine pas seulement les cellules vieillies : elle pratique aussi le pitting, l’extraction d’une inclusion anormale — fragment de noyau, parasite — sans détruire la cellule qui la contenait. Les corps de Howell-Jolly, ces résidus que l’on retrouve dans le sang des personnes privées de rate, sont justement ce que l’organe retire d’habitude. La moelle de vos os, un tissu vivant qui se reconstruit en permanence, fabrique les globules rouges ; la rate décide quand leur carrière s’arrête.

Ce filtre a pris une place centrale dans la recherche sur le paludisme. L’équipe de Pierre Buffet, à l’Université Paris Cité et à l’Inserm, a montré que les globules rouges infectés sont plus rigides et se bloquent dans la rate : l’Université Paris Cité y relève une concentration 20 à 4 000 fois supérieure à celle du sang circulant. Dans Nature Communications, en 2023, ces chercheurs ont identifié deux médicaments existants capables de rigidifier ces cellules pour que le filtre les retienne mieux — une piste, détaillée par l’Institut Pasteur, pour couper la transmission du parasite inoculé par la piqûre d’un moustique femelle.

Un poste de garde immunitaire et une réserve

La circulation y est ralentie, ce qui en fait le site de phagocytose le plus efficace de l’organisme : les antigènes qui passent dans le sang y sont capturés et présentés aux cellules immunitaires, qui déclenchent la production d’anticorps — en particulier des IgM et des anticorps dirigés contre les bactéries capsulées. Ce dispositif rapproche la rate de l’appendice, autre organe longtemps jugé inutile : du tissu lymphoïde posté là où le sang, ou le contenu de l’intestin, ralentit.

Elle sert enfin de réserve : environ 30 % des plaquettes de l’organisme y stationnent et peuvent être relâchées. Et elle a eu une autre vie — entre le troisième et le cinquième mois de la vie intra-utérine, c’est elle qui fabriquait les cellules du sang, avant de passer la main à la moelle osseuse.

Ce qu’apprennent les champions de l’apnée

Cette fonction de réservoir a une conséquence spectaculaire. Lors d’une plongée en apnée, la rate se contracte et chasse dans la circulation les globules rouges qu’elle contenait, ce qui prolonge la réserve d’oxygène. En 2018, dans la revue Cell, Melissa Ilardo et ses collègues ont mesuré la rate des Bajau, ces pêcheurs nomades d’Indonésie qui passent une grande part de leur journée de travail sous l’eau : elle est en moyenne 50 % plus volumineuse que celle de leurs voisins Saluan, et cette différence est associée à un variant du gène PDE10A. Un organe accessoire ne se serait pas prêté à une telle sélection.

Comme le bâillement, dont le mécanisme est décrit avant que sa fonction soit tranchée, la rate garde des zones d’ombre. On vit sans elle, et c’est ce qui a longtemps fait croire qu’elle ne servait à rien. Le contresens est précisément là : « pas indispensable » n’est pas « inutile ». Sans rate, le filtre disparaît et la défense contre les bactéries capsulées faiblit, ce qui justifie un suivi médical particulier. Et si une douleur sous les côtes gauches vous inquiète, la question s’adresse à un médecin, pas à un article.

Cet article a été rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
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